02/05/2018
GFME, journal ARTC
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La lettre de l'ARTC Décembre 2004

Les recherches soutenues par l'ARTC : des résultats récents

Plusieurs travaux de recherche consacrés aux tumeurs cérébrales et soutenus par l'ARTC ont été présentés au Congrès de l'Académie Américaine de Neurologie qui s'est déroulée à San Francisco au mois de mai 2004 (American Academy of Neurology). Leurs auteurs nous en résument les principaux résultats.
Le Dr Florence Laigle-Donadey est neuro-oncologue, Praticien Hospitalier, dans les services de neurologie (Pr JY Delattre) et de neurochirurgie (Pr R Van Effenterre) de l'hôpital de la Salpêtrière.

Le siège des oligodendrogliomes dans le cerveau serait associé à des anomalies spécifiques de l'ADN tumoral
Les tumeurs cérébrales primitives les plus fréquentes sont les gliomes, représentant approximativement 3000 nouveaux cas par an en France. Les gliomes sont des tumeurs dérivant des cellules gliales du cerveau (différentes des neurones) qui regroupent les astrocytes, les oligodendrocytes et les cellules épendymaires. L'origine de ce terme est le mot grec « glia », qui signifie « glue », car on pensait initialement que le rôle principal de ces cellules était la cohésion architecturale du cerveau. En fait, les cellules gliales remplissent de multiples autres fonctions capitales dans la physiologie du SNC. Ainsi, les oligodendrocytes, ont pour rôle principal de fabriquer la myéline, qui est une substance essentielle pour les neurones. La myéline engaîne le prolongement principal (ou axone) des neurones et facilite ainsi la transmission des informations. Les oligodendrogliomes se définissent donc comme des tumeurs qui proviennent d'une prolifération incontrôlée des oligodendrocytes et représentent 25 % de l'ensemble des gliomes. Ces tumeurs nous intéressent tout particulièrement car elles sont caractérisées par une sensibilité importante à la chimiothérapie. Mieux comprendre leur biologie peut certainement donner des clés pour les traiter plus efficacement ainsi que les autres types de gliomes moins sensibles aux chimiothérapies.
L'une des questions que nous nous sommes posées fut de savoir s'il existait des facteurs biologiques susceptibles d'influencer la localisation précise de ces tumeurs dans tel ou tel endroit du cerveau ; autrement dit, mieux comprendre pourquoi chez un patient donné la tumeur se développe dans le lobe frontal alors que chez un autre patient souffrant pourtant d'une tumeur morphologiquement identique, elle se développe dans le lobe occipital.
Pour tenter de commencer à répondre à cette question difficile, nous avons analysé en détail grâce à la base de donnée de la Salpêtrière et soutenue par l'ARTC, les dossiers de 158 patients de notre service pour lesquels :
1/ une analyse radiologique rétrospective (IRM) précise du siège de la tumeur avec un logiciel informatique de traitement d'image était possible,
2/ nous disposions de prélèvements de tumeur conservés en congelation après l'opération des patients pour être analysés au laboratoire de neuro-oncologie (INSERM U495). Le résultat le plus marquant fut que les tumeurs dont l'ADN présentait une anomalie caractérisée par la perte du chromosome 1 étaient très préférentiellement localisées dans les régions antérieures du cerveau (en particulier au niveau du lobe frontal) tandis que les tumeurs sans perte du chromosome 1 étaient davantage situées dans la partie postérieure du cerveau (en particulier dans les lobes pariétaux, occipitaux et temporaux).
Nous avons ainsi pu montrer qu'il existe bien dans les oligodendrogliomes un lien entre le patrimoine génétique des cellules tumorales et leur localisation dans le cerveau. Cette découverte originale, soulève de nombreuses nouvelles questions sur la signification de cette association. Elle pourrait par exemple suggérer que les oligodendrogliomes seraient en réalité composés de plusieurs sous-groupes de tumeurs, provenant au départ de cellules originelles distinctes, ayant des voies de migration dans le cerveau spécifiques et susceptibles d'être les cibles d'altérations génétiques différentes. Une autre hypothèse serait que ce soit les altérations génétiques elles-mêmes qui conditionnent la migration des cellules ou qui déterminent la capacité pour une tumeur de se développer dans telle ou telle région du cerveau. Nous comptons bien entendu poursuivre nos recherches sur ce sujet passionnant. Florence Laigle-Donadey

 

Le Dr Sophie Taillibert, neuro-oncologue, responsable de l'Hôpital de Jour du service de neurologie Mazarin (Pr J-Y Delattre) à l'hôpital de la Salpêtrière

La chimiothérapie par Témodal : une nouvelle alternative de traitement des gliomes de bas grade
Nous avons présenté au récent congrès de l'Académie Américaine de Neurologie l'expérience originale de notre service quant à l'efficacité de la chimiothérapie délivrée chez des patients souffrant de gliomes de bas grade (sans signes d'agressivité). Le traitement de ces tumeurs repose classiquement sur la chirurgie et la radiothérapie cérébrale. La chimiothérapie était jusqu'à présent réservée spécifiquement aux patients souffrant de gliomes dits de haut grade (c 'est-à-dire avec signes d'agressivité). De manière intéressante, nous avons montré que le Témodal (une chimiothérapie qui s'administre par voie orale 5 jours par mois) pouvait aussi être active dans les gliomes de bas grade et améliorer cliniquement près de la moitié des patients. Cette amélioration s'accompagnait le plus souvent d'une réduction progressive du volume de la tumeur, visible à l'IRM au fil des cures (Figure : IRM). Ce traitement par chimiothérapie relativement peu contraignant, était en général très bien toléré. Ainsi , la chimiothérapie peut désormais s'ajouter à l'arsenal thérapeutique existant (chirurgie, radiothérapie) pour traiter les gliomes de bas grade.
Le second volet de notre travail fut mené au laboratoire. L'analyse des tumeurs des patients a permis de montrer que quand celles-ci présentaient une anomalie moléculaire, en l'occurrence une perte du chromosome 1, elles avaient une plus grande probabilité de répondre à la chimiothérapie. Ainsi, la recherche au laboratoire de ce marqueur dans les tumeurs peut aider les cliniciens dans leur décision du meilleur traitement à proposer pour un patient donné. Nos travaux ont été jugés constituer une contribution suffisamment importante dans le domaine de la neuro-oncologie pour être retenus dans la sélection finale des principales avancées du Congrès (les « Highlights » (hautes vues)) et publiés dans la très renommée revue américaine au mois de juillet 2004 (« Journal of Clinical Oncology »).
A/ IRM d'un patient souffrant d'un gliome de bas grade (tâche blanche)
B/ régression de la tumeur témoignant d'une réponse à la chimiothérapie (17 mois plus tard)

Congrès de l'ANOCEF (Association des Neuro-Oncologues d'Expression Française) organisé à la Salpêtrière les 22 et 23 octobre 2004 a été un succès avec près de 390 participants représentant toutes les disciplines impliquées dans la prise en charge des tumeurs cérébrales (chercheurs, neuro-oncologues, neurochirurgiens, radiothérapeutes, neuropathologistes) mais aussi soignants. L'intérêt suscité par les tumeurs cérébrales qui ne représentent que 2 % des tumeurs s'accroît. Le nombre de participants à ces réunions scientifiques qui font le point sur les principales avancées dans le domaine du traitement et de la biologie des tumeurs cérébrales a été multiplié par 4 ces cinq dernières années.

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